Angelika Markul cultive le souhait de filmer et sublimer dans une installation vidéo monumentale la disparition progressive des glaciers dans la région d’El Calafate au sud de l’Argentine. Ce paysage disparaît, comme a disparu la civilisation amérindienne qui y vivait depuis douze mille ans, décimée par les Européens. Le film confronte l’extinction des civilisations et de leurs traditions au futur effacement des paysages causé par les bouleversements climatiques. Grâce à une manipulation numérique de l’image, l’artiste rend visible et accélère le processus de fonte du glacier, créant un nouveau paysage qui n’appartient qu’à l’esprit de celui qui le regarde. Cette sublimation du danger interpelle le spectateur avec pudeur, sensibilité et poésie. L’artiste convoque en parallèle une série de phénomènes et d’influences qui, ensemble, composent une symphonie de fin du monde : des dessins évoquant les traditions perdues des indiens ; le mylodon, cet animal préhistorique endémique désormais disparu ; ou encore la Iluvia lenta (« pluie lente ») de la poètesse chilienne Gabriela Mistral, qui appelle à une nécessaire reconnexion avec la terre mère.

La bande-son, quant à elle, évoque deux phénomènes sonores exceptionnels : un son de trompettes puissantes et angoissantes, dont personne ne sait dire s’il provient de la terre ou du ciel, qui a été entendu et filmé par des personnes aux quatre coins du monde et s’est répandu comme une traînée de poudre sur le Web et dans les médias ; et l’enregistrement récent par la Nasa du son de la terre. Tierra del Fuego sublime les tensions actuelles entre science, spiritualité et crise environnementale, à travers une installation pluri-média qui enveloppe le spectateur dans un monde ambigu, complexe et sombre.

Ce projet a reçu le soutien de l’Institut Polonais, le prix COAL 2016.