Le temps du rêve, un projet d’Angelika Markul

Le nouveau projet Sur les Traces des Dinosaures d’Angelika Markul prend place sur la côte ouest australienne aux abords de la ville de Broome, nommée aussi la côte Kimberley. Parmi les merveilles qu’elle renferme, la région présente un ensemble d’empreintes de dinosaures longeant la mer et qui forment le plus grand site au monde connu à ce jour. Pour mener à bien et avec respect ce projet, Angelika Markul s’est entouré du paléontologue Steve Salisbury et de l’homme de loi Goolarabooloo Richard Hunter. Les Goolarabooloo sont une tribu aborigène vivant sur la ligne du chant (the Songline) qui relie le nord au sud de la côte. Cette ligne préserve en elle une histoire, une culture, un patrimoine et une nature extrêmement riches. La rencontre des deux hommes a eu lieu au début des années 2000 lorsque la région a été menacée par la construction d’une usine à gaz qui aurait détruit l’écosystème local. Un ensemble de personnalités se sont ainsi réunis pour combattre afin de maintenir et préserver cette terre. A cette époque, les Goolarabooloo contactent Steven Salisbury et lui demandent de venir certifier la présence de traces de dinosaures. Après plusieurs années de luttes, le projet de l’usine finit par échouer car l’entreprise a perdu trop de fonds. Aujourd’hui Steven Salisbury cherche à placer le site au patrimoine mondial de l’Unesco.

Le projet d’Angelika Markul s’inscrit dans le prolongement du travail des chercheurs et des aborigènes. En connaissant l’histoire du site, elle participe à sa préservation et à son respect. Ce projet n’est pas seulement un film et une installation, il est un pèlerinage. Tout le voyage a été rythmé par des apparitions fortes, notamment à travers le contact avec les empreintes qui apparaissaient et disparaissaient en fonction du mouvement de l’eau et de la lune. Ces traces se révélaient aussi suite au nettoyage et au grattage du sable. Elles manifestaient par là un caractère quasi mystique. Sur la côte de Kimberley, on dit que les empreintes se laissent voir quand elles souhaitent être vu. C’est le cas notamment de l’empreinte qui porte le nom de Marella. Dans les croyances Goolarabooloo, il existe le dieu créateur aussi connu sous le nom de l’Imu Man ou encore sous le nom de Marella. Il est venu créé le monde, la nature et les hommes en laissant ces empreintes au sol, celles qu’on peut voir réapparaitre dans le projet d’Angelika Markul sous la forme d’une sculpture en bronze. Le soir, il est possible de le voir apparaître dans la voie lactée car son travail fini, Marella quitta la terre pour rejoindre le ciel. Parmi leurs différents emplacements se trouve un lieu chargé d’histoire nommé l’université des jeunes hommes, où les Goolarabooloo avaient pour coutume de tailler des pierres. Ces pierres très tranchantes servaient principalement d’armes pour chasser. Elles pouvaient être troqués contre d’autres matériaux auprès d’autres groupes aborigènes. Ce site est particulièrement impressionnant, pour les traces de dinosaures qui y ont été conservés, mais aussi pour sa charge historique. Ici le rapport au temps, à l’espace, à la transmission et à la parole est différent des normes blanches. Il se construit ailleurs que dans les manuels d’histoire, ailleurs que dans l’écriture. C’est aussi cette capacité à transmettre par d’autres moyens qui a interpellé Angelika Markul.

Ce lieu offre une proximité rare avec la nature, une connexion spirituelle avec la terre, le ciel, la mer et la lune. Du tremblement de terre à l’arrivée de l’artiste jusqu’à la comète vu quelques heures avant son départ, tous les éléments naturels rappellent qu’ils sont en perpétuel mouvement et renvoie à la fragilité de notre existence, à notre origine et à la nécessité de prendre soin du monde dans lequel nous évoluons.