L’idée centrale du projet d’Angelika Markul est d’aller vers les profondeurs. L’approfondissement devient examen, éclaircissement et prise de conscience. L’artiste incite à pénétrer les profondeurs artificielles qu’elle a créées afin de remettre en question toute certitude humaine. Elle s’attache à créer une forme d’incertitude – un objet sur lequel les spectateurs pourront projeter tous leurs fantasmes sur le perdu et l’originel. Si elle programme un voyage sur l’île Yonaguni, si elle veut plonger dans les profondeurs de la Mer de Chine orientale, voir et filmer le Monument, c’est seulement pour que s’accomplisse une révélation symbolique de sa forme dans toute son énigme. Enigme liée aux questions irrésolues sur ses origines

Yonaguni, est localisé au large de la côte sud d’une petite île japonaise dont il tire le nom, sur les côtes de la Mer de Chine orientale. La structure fait près de 50 mètres de long sur la ligne Est-Ouest et près de 20 mètres de large sur la ligne Nord-Sud. La surface supérieure de la structure se trouve à environ 5 mètres sous la surface de la mer, alors que sa base est localisée à environ 25 mètres de profondeur. La structure asymétrique du Monument est accentuée par de grandes marches sur la façade Sud.

 

La hauteur des marches varie de 0,50m jusqu’à plusieurs mètres. En raison de sa forme, la structure est souvent comparée aux pyramides ou encore aux ziggurats et de ce fait est appelée « pyramide Yonaguni » ou « ziggurat Yonaguni », ce qui suggère immédiatement qu’elle est a été créée de la main de l’homme. Dans tous les cas, c’est l’hypothèse de Masaaki Kimura, professeur de géologie de l’Université des Ryūkyū sur l’île d’Okinawa, qui mène les recherches sur le Monument depuis le début des années 1990 et fonde ses conclusions sur les découvertes in situ des outils en pierre et, plus généralement, sur la forme de la structure.

La fiabilité des thèses de Kimura est remise en question par Robert Schoch, professeur de géologie à l’université de Boston, spécialiste de l’antiquité, selon qui, il est bien plus probable que l’origine de la structure soit naturelle. Selon ses suggestions, les terrasses régulières du Monument se seraient formées avec la force des marées et des mouvements géologiques. Schoch propose ainsi de garder l’appellation « Monument Yonaguni », afin de ne pas présupposer de son origine. Une étude archéologique a également été menée par A. Sundaresh de l’Institut National d’Océanographie à Dona Paula, à Goa, en Inde. Selon le chercheur, les couloirs creusés dans les blocs rocheux excluent l’origine naturelle de la structure.

 

La discussion a ensuite été poursuivie par le géologue Wolf Wichmann et le chercheur indépendant Graham Hancock. Le premier milite pour la thèse de l’origine naturelle du Monument, alors que le deuxième est certain qu’il est l’oeuvre d’une civilisation disparue. L’énigme du Monument Yonaguni reste sans réponse. Et pourtant, au-delà de la résolution du secret, c’est le rôle de l’imagination sur les origines perdues qui semble ici le plus intéressant. Le Monument réveille non seulement cette imagination, mais en même temps donne l’espoir de retrouver ce qui a été perdu – une idée du retour aux temps originels.

Bibliographie choisie
Robert Schoch, Voices of the Rocks, Harmony Books, New York, 1999.
Graham Hancock, Underworld: The Mysterious Origins of Civilization, Three Rivers Press, New York 2002.